J'aurais pu être pro : ce que le foot m'a appris du collectif
Attaquant, et lucide
Mon parcours de footballeur tient en quelques lignes. La section sport-études du collège La Colinière, à Nantes, en 4e et en 3e. Puis le lycée Chevrollier, à Angers, de la seconde à la terminale, jusqu'au bac ES. Ensuite un DUT Techniques de commercialisation, et la vie professionnelle.
Dans tous les clubs, on entend la même phrase. Il aurait pu être pro. Il y a toujours une raison, un entraîneur qui n'a pas vu, des ligaments lâchés à 18 ans.
J'ai ma version.
J'aurais pu être pro, mais je n'avais pas le niveau.
Je la dis avec le sourire, mais elle dit quelque chose de sérieux sans se prendre au sérieux. Savoir ce que l'on ne sait pas faire aide à trouver sa place dans une équipe.
Ma place n'était pas celle du buteur qu'on porte en triomphe. Elle était ailleurs.
Les appels dans le vide
Mon éducateur de l'époque, Jean-Alain Erdeven, nous a toujours appris à nous sacrifier pour le collectif. Pour un attaquant, cela passe par les appels. Un appel, c'est une course pour demander le ballon. Un appel dans le vide, c'est une course dont on sait qu'elle ne sera sans doute pas servie, mais qui emmène un défenseur et ouvre l'espace pour un partenaire.
Personne ne vous applaudit pour ça, et la feuille de match n'en garde aucune trace. C'était pourtant ma spécialité. Rendre le collectif plus performant par mes appels et mes contre-appels, créer de fausses pistes pour les défenseurs afin que d'autres puissent marquer.
J'ai grandi dans l'univers du jeu à la nantaise, cette tradition lancée par José Arribas puis transmise par Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix. Suaudeau jugeait le jeu sans ballon « essentiel » (So Foot, 2005). Denoueix définissait le jeu comme « le plaisir de se comprendre » (Canal+, 2007). Cet univers pilote encore aujourd'hui ma vie d'entrepreneur.
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Mes appels dans le vide d'aujourd'hui
Un réseau de mandataires réunit des indépendants. Chacun tient son secteur, ses mandats, ses clients. Chez Noovimo, nous sommes environ 100 agents dans le Grand Ouest, et nous nous développons dans le Sud-Ouest. Dans ce modèle, la tentation serait que chacun joue pour soi.
Mon rôle de dirigeant ressemble beaucoup à celui de l'attaquant qui court sans ballon. Une grande partie de mon travail se fait dans l'ombre. Je passe du temps avec l'IA pour préparer des routines qui serviront ensuite à nos agents. J'échange avec de nombreux partenaires, au salon RENT et en dehors, pour découvrir de nouvelles solutions et les présenter à la convention Noovimo. Le but reste le même : mieux servir l'agent, tout en gardant le contrôle de la pérennité de la société.
Ces heures-là ne figurent sur aucun compromis, et la plupart des agents ne les voient pas passer. Si elles ouvrent de l'espace pour qu'un agent réponde plus vite à un acquéreur ou décroche un mandat, elles ont rempli leur rôle.
Le sens du devoir et du sacrifice, pour moi, il se situe ici.
Ce que j'en retiens pour nos agents
Indépendant ne veut pas dire seul, et jouer collectif ne veut pas dire s'effacer. J'attends de chaque agent 4 gestes, sans ordre d'importance.
Le premier consiste à partager et transmettre. Un bien, un acquéreur, une méthode qui marche, un conseil donné à un débutant. Ce que l'on donne au réseau revient rarement par le même chemin, et je crois qu'il revient quand même.
Le deuxième, ce sont les appels dans le vide. La prospection, la présence sur son secteur, la réactivité face à une demande, même les semaines où rien ne se signe. Ce travail invisible prépare les mandats de demain.
Le troisième tient à la formation. Venir aux formations, demander le pourquoi d'une méthode, accepter d'être corrigé. Un agent qui comprend ce qu'on lui demande progresse plus vite qu'un agent qui applique sans comprendre.
Le quatrième demande de tenir son rôle et de savoir le dépasser. Bien tenir son secteur, puis sortir de sa fonction quand un client ou un collègue en a besoin. Au football, on appelle cela le dépassement de fonction. Dans l'immobilier, c'est souvent ce dont un client se souvient.
Je n'ai pas été pro, et je sais pourquoi. Mais j'ai appris tôt qu'une équipe gagne souvent grâce à ceux qui courent pour les autres. Dans votre façon de travailler, quels sont vos appels dans le vide ? Si la question vous parle, j'aime en discuter, autour d'un café ou par message.
Sources
Wikipédia, « Jeu à la nantaise », citant So Foot n° 21 (avril 2005) et Les Spécialistes, Canal+ (21/02/2007) · fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_à_la_nantaise
Photo : Salah Regouane, Unsplash.
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