Indemnité chômage et création d'entreprise après une rupture

Une rupture conventionnelle ou un licenciement n'est pas une fin : c'est, bien souvent, le meilleur point de départ d'une nouvelle vie professionnelle. Car derrière l'indemnité chômage se cache une ressource largement sous-estimée : un revenu capable de financer une reconversion et la création de votre propre entreprise. Encore faut-il en connaître les règles, surtout depuis la réforme adoptée le 3 juin 2026. Dans cet article, je vous explique concrètement comment l'ARE et l'ARCE fonctionnent, combien cela peut représenter, et comment en faire le tremplin d'un projet d'indépendant, notamment dans l'immobilier.

Marc Gallon

 Indemnité chômage création entreprise

La rupture du contrat ouvre-t-elle des droits ?

Première chose à comprendre : tous les modes de départ ne se valent pas du point de vue de l'Assurance chômage, mais deux des plus courants ouvrent bien des droits.

→ Le licenciement (économique, pour motif personnel, pour inaptitude) est une privation involontaire d'emploi. Il ouvre droit, sous conditions, à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, l'ARE.

→ La rupture conventionnelle est, du point de vue de l'indemnisation, assimilée à une privation involontaire d'emploi. C'est un point essentiel, parfois mal compris : bien qu'elle suppose un accord entre l'employeur et le salarié, elle n'est pas considérée comme une démission. Le salarié qui signe une rupture conventionnelle homologuée peut donc, sous conditions, percevoir l'ARE.

→ La démission, à l'inverse, est en principe une privation volontaire d'emploi qui n'ouvre pas droit à l'ARE, sauf cas précis (démission « légitime » ou projet de reconversion validé par une commission).

Pour ouvrir des droits, il faut par ailleurs justifier d'une durée minimale de travail : avoir travaillé au moins six mois (130 jours ou 910 heures) au cours des vingt-quatre mois précédant la fin du contrat, 36 mois pour les 53 ans et plus.

Le scénario qui nous intéresse est donc le suivant : vous sortez d'une rupture conventionnelle ou d'un licenciement, vous avez suffisamment travaillé, et vous envisagez de créer votre activité. Voyons ce que cela représente.

Comment se calcule l'indemnité chômage (ARE) en 2026

Le montant de votre allocation n'a rien d'arbitraire. Il découle d'une formule précise appliquée à un indicateur central : le salaire journalier de référence. ( SJR)

Étape 1 · le salaire journalier de référence. Il correspond, en simplifiant, au total de vos salaires bruts sur la période de référence, divisé par le nombre de jours de cette période. France Travail prend en compte vos salaires de base, primes et gratifications, mais pas les indemnités de rupture. Autrement dit, votre indemnité de rupture conventionnelle n'augmente pas votre SJR. Seule la part de salaire mensuel inférieure à un plafond est retenue : 16 020 euros en 2026.

Étape 2 · les 2 formules. L'allocation journalière brute est calculée selon 2 formules, et c'est la plus favorable qui est retenue :→ Formule A : 40,4 % du SJR + une partie fixe de 13,18 euros (valeur 2026).→ Formule B : 57 % du SJR.La formule A avantage les salaires modestes à moyens, la formule B prend le relais pour les salaires élevés.

Étape 3 · plancher et plafond. L'allocation ne peut être inférieure à 32,13 euros par jour (allocation minimale 2026), ni supérieure à 75 % du SJR.

Étape 4 · du jour au mois. L'allocation est exprimée par jour mais versée par mois, multipliée par le nombre de jours du mois civil.

Un exemple pour fixer les idées. Camille, 41 ans, sort d'une rupture conventionnelle début 2026. Son salaire brut mensuel moyen était de 2 800 euros.→ SJR ≈ (2 800 × 12) / 365 ≈ 92,05 euros par jour.→ Formule A : 40,4 % × 92,05 + 13,18 = 50,37 euros.→ Formule B : 57 % × 92,05 = 52,47 euros.→ Montant retenu : 52,47 euros par jour, soit environ 1 574 euros brut par mois.

Ce montant est imposable et soumis à certaines retenues sociales : le net perçu est légèrement inférieur, mais l'ordre de grandeur est posé.

Réforme du 3 juin 2026 : la durée réduite après une rupture conventionnelle

Voici l'actualité réglementaire majeure à connaître. Le 3 juin 2026, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi instaurant une modulation de la durée d'indemnisation selon le motif de rupture. Concrètement, les personnes qui s'inscrivent à France Travail après une rupture conventionnelle individuelle voient leur durée maximale d'indemnisation réduite.

Les nouvelles durées maximales prévues pour les sorties de rupture conventionnelle :→ 15 mois pour les moins de 55 ans, au lieu de 18 mois (20 mois en outre-mer hors Mayotte).→ 20,5 mois pour les 55 ans et plus, au lieu de 22,5 mois (55-56 ans) et de 27 mois (57 ans et plus).

En contrepartie, l'accord prévoit un accompagnement renforcé par France Travail dès le premier entretien. Pour les 55 ans et plus, une prolongation reste possible au-delà du douzième mois selon la situation.

Ce que la réforme ne change pas : la rupture conventionnelle ouvre toujours droit à l'ARE, le mode de calcul du montant reste identique, et les dispositifs de création d'entreprise restent accessibles. Seule la durée maximale baisse. Effet en cascade à anticiper : une durée plus courte réduit le capital de droits, donc le capital ARCE mobilisable (voir plus bas). L'enseignement pratique est simple : se lancer tôt, sans attendre la fin de ses droits.

Précision de prudence : à ce jour, la loi est adoptée mais sa promulgation et son décret d'application restent à paraître. La date d'entrée en vigueur sera fixée par ces textes. Vérifiez toujours la règle en vigueur au moment de votre rupture auprès de France Travail.

Combien représente le capital de vos droits

Reprenons Camille (moins de 55 ans, rupture conventionnelle, plafond de 15 mois). À 52,47 euros par jour sur environ 456 jours, son capital total de droits avoisinerait 23 900 euros, contre près de 28 700 euros sous l'ancien plafond de 18 mois. La différence est réelle, mais l'enveloppe reste substantielle. Pour un licenciement avant 53 ans, le plafond de 18 mois continue de s'appliquer.

Le moment du versement : attention aux différés

Vous ne percevez pas votre ARE le lendemain de la fin de contrat. Plusieurs délais s'appliquent.

→ Le délai d'attente : 7 jours incompressibles ( délais de carence), une fois par période de douze mois.→ Le différé congés payés : calculé selon votre indemnité compensatrice de congés payés non pris.→ Le différé spécifique : c'est le point le plus stratégique. Lorsque votre indemnité de rupture dépasse le minimum légal ou conventionnel, la part « supra-légale » génère un différé. Depuis le 1er janvier 2026 : différé spécifique (en jours) = indemnité supra-légale ÷ 111,8, plafonné à 150 jours calendaires dans le cas général. Le plafond est atteint dès environ 16 770 euros d'indemnité supra-légale.

Le point clé, et c'est une bonne nouvelle : l'indemnité supra-légale retarde le départ du versement mais n'entre pas dans le calcul du montant de l'allocation. Une indemnité de départ confortable décale le versement sans jamais réduire l'allocation. À intégrer dans votre plan de trésorerie, puisque cette indemnité est précisément là pour couvrir cette période.

La dégressivité : à anticiper pour les revenus élevés

Pour les allocataires de moins de 55 ans à la fin du contrat, lorsque l'allocation journalière dépasse 92,57 euros (environ 4 940 euros brut mensuels antérieurs), elle est réduite de 30 % à partir du septième mois, sans descendre sous un plancher de 92,57 euros. Au-delà de 55 ans, pas de dégressivité. Si vous percevez une allocation élevée et anticipez une montée en puissance rapide de votre activité, l'ARCE permet de « cristalliser » environ 60 % de vos droits en capital, à l'abri de cette dégressivité.

Créer son entreprise tout en étant indemnisé : 2 voies

Beaucoup pensent qu'il faut choisir entre toucher le chômage et créer son entreprise. C'est faux. La réglementation prévoit explicitement l'accompagnement des créateurs et repreneurs. 2 dispositifs, non cumulables entre eux.

Voie 1 · le maintien partiel de l'ARE. Vous conservez votre allocation tout en démarrant votre activité. Chaque mois, France Travail ajuste le montant versé en fonction de vos revenus d'activité. Tant que vos revenus sont faibles, vous percevez une allocation proche du droit plein ; à mesure qu'ils montent, l'allocation diminue, mais les jours non indemnisés ne sont pas perdus : ils sont reportés en fin de droits, ce qui allonge la durée de soutien. Pour une activité à revenus irréguliers, comme l'immobilier où les premières commissions prennent du temps, c'est un filet de sécurité idéal pendant la phase d'amorçage.

Voie 2 · l'ARCE (aide à la reprise ou création d'entreprise). Au lieu d'un versement mensuel, vous transformez une partie de vos droits en capital.→ Montant : 60 % du capital de vos droits restants à la date de création, dont est déduite une participation de 3 % au titre des retraites complémentaires.→ Versement en 2 fois : la première moitié au démarrage, la seconde six mois plus tard.→ Depuis le 1er avril 2025, le second versement suppose que l'activité existe toujours et que vous n'exercez pas un CDI à temps plein en parallèle.→ Prérequis : avoir obtenu l'ACRE (exonération partielle de charges en début d'activité).

Exemple : si Camille a consommé un mois d'ARE et qu'il lui reste environ 22 500 euros de droits, son ARCE s'élèverait à 22 500 × 60 % × 97 % ≈ 13 095 euros, versés en deux fois (environ 6 550 euros au démarrage, puis le même montant six mois après).

À savoir : l'ARCE consomme 60 % de vos droits ; il vous reste 40 % « en réserve », récupérables sous conditions si l'activité cesse, après réinscription et un différé. Une sécurité supplémentaire à connaître.

ARE ou ARCE : comment trancher

Il n'y a pas de réponse universelle. Quatre questions à se poser :→ De quelle visibilité ai-je besoin sur ma trésorerie mensuelle ? Si la régularité me rassure, le maintien de l'ARE a du sens.→ Ai-je un besoin d'investissement immédiat important ? Si oui, le capital ARCE peut être décisif.→ Quelle confiance dans une montée rapide du chiffre d'affaires ? Si je l'anticipe forte, l'ARCE (capital acquis indépendamment des revenus) devient intéressante.→ Quel horizon ? Le maintien de l'ARE prolonge la durée de soutien ; l'ARCE est plus ramassée dans le temps.

Ma conviction : il n'y a pas de bon ou de mauvais choix dans l'absolu, il y a le choix cohérent avec votre projet. Et ce choix se prépare avec un conseiller France Travail, qui simulera les deux scénarios sur la base de vos droits réels.

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La fiscalité et les charges : ce qu'il faut savoir

L'ARE est un revenu de remplacement imposable, soumis à l'impôt sur le revenu et à certaines retenues sociales (CSG, CRDS), avec exonération pour les allocations les plus modestes. Le net perçu est donc légèrement inférieur au brut affiché : gardez-le en tête quand je cite des montants « brut ».

L'ARCE, versée en capital, suit une logique différente : elle correspond à des droits transformés et n'est pas un revenu d'activité. Son traitement fiscal mérite d'être vérifié selon votre situation, auprès de France Travail et, le cas échéant, d'un conseiller fiscal. Dès la création de votre activité, vous entrez par ailleurs dans le régime social et fiscal de votre statut (souvent la micro-entreprise au démarrage), avec l'allègement ACRE en début d'activité.

L'immobilier, un terrain de reconversion adapté

Pourquoi tant de personnes en reconversion choisissent-elles l'immobilier ? Pour 4 raisons rarement réunies.→ Un ticket d'entrée financier modéré : pas d'investissement comparable à l'ouverture d'un commerce physique. C'est ce qui rend l'articulation avec l'ARE et l'ARCE si pertinente, le soutien chômage couvrant la phase d'amorçage. Des compétences transférables : commerce, relation client, conseil, accompagnement humain. La reconversion valorise votre parcours plutôt que de l'effacer. Un accompagnement structurant : rejoindre un réseau, c'est ne pas démarrer seul. Formation, outils, méthodes, communauté de pairs réduisent le risque et accélèrent l'apprentissage. Un potentiel de revenus déplafonné : là où un salaire est borné, la rémunération d'un indépendant est indexée sur son activité.

Le métier est exigeant et la réussite se construit, mais le cadre est favorable : l'effort initial est soutenu, le plafond du salariat disparaît.

Salariat et indépendance : changer de logiciel

Il serait dangereux de passer sous silence le changement mental qu'implique cette bascule. Dans le salariat, le revenu est régulier et déconnecté de la performance immédiate. En indépendant, il est indexé sur les résultats, donc variable et parfois différé. C'est précisément pour cela que l'ARE et l'ARCE sont si précieuses : elles offrent un sas, le temps d'apprendre le métier et de construire son portefeuille sans subir de plein fouet l'irrégularité des premières commissions. Mais cette bascule est aussi une libération : votre revenu devient proportionnel à votre engagement, votre méthode et votre constance. Les profils qui réussissent ne sont pas les plus expérimentés au départ, ce sont les plus rigoureux et les plus réguliers.

Les obligations à connaître

Exercer comme agent commercial en immobilier est un métier encadré, notamment par la loi Hoguet et la loi ALUR. Vous exercez sous l'autorité et la responsabilité d'un titulaire de la carte professionnelle, et devez être habilité et enregistré. Une formation continue de 42 heures sur trois ans conditionne le renouvellement de l'habilitation. Des règles strictes encadrent la déontologie, l'information du client, la transparence des honoraires et la conformité des annonces.Ces obligations ne sont pas des freins : ce sont des gages de professionnalisme et de confiance, qui protègent le client comme l'agent.

Ma méthode : transformer une transition en élan

Une rupture professionnelle n'est pas une fin, c'est un intervalle. La façon dont vous l'occupez détermine la suite. L'Assurance chômage vous offre un revenu de remplacement, parfois pendant de longs mois : une ressource précieuse, à condition de la transformer en investissement plutôt qu'en attente. Concrètement, je raisonne en 4 temps. Clarifier le projet : comprendre votre situation, vos contraintes, vos aspirations, et préparer votre rendez-vous France Travail où se décide le choix ARE ou ARCE. Se former et structurer : la période d'indemnisation est le moment idéal pour monter en compétences et poser les fondations de l'activité, sans pression de revenu immédiat. Lancer et prospecter : démarrer l'activité, soutenu financièrement, et constituer son portefeuille de mandats. Accélérer : à mesure que les transactions se concrétisent, l'activité prend le relais du soutien public.

Ce séquencement n'a rien de théorique : il correspond au parcours réel de nombreuses personnes parties d'une rupture conventionnelle ou d'un licenciement, qui vivent aujourd'hui de leur activité avec une liberté et un revenu qu'elles n'avaient pas dans le salariat.

En résumé

La rupture conventionnelle et le licenciement ouvrent, sous conditions, droit à l'ARE. L'ARE se calcule sur le salaire journalier de référence, selon la formule la plus favorable (40,4 % du SJR + 13,18 euros, ou 57 % du SJR), avec un plancher de 32,13 euros par jour en 2026.→ L'indemnité supra-légale ne réduit jamais l'allocation, mais peut retarder son versement (différé spécifique : montant ÷ 111,8, plafonné à 150 jours en 2026).→ Réforme adoptée le 3 juin 2026 : après une rupture conventionnelle, durée réduite à 15 mois (moins de 55 ans) et 20,5 mois (55 ans et plus). Calcul du montant et accès à l'ARCE inchangés ; seul le capital de droits diminue. Entrée en vigueur à préciser par décret. Pour créer son activité : maintien partiel de l'ARE (revenu mensuel) ou ARCE (60 % des droits en capital, en deux versements). Non cumulables. L'immobilier est un terrain de reconversion adapté : ticket d'entrée modéré, compétences transférables, accompagnement, potentiel déplafonné, métier encadré (Hoguet, ALUR).

La transition que vous traversez peut devenir le meilleur point de départ de votre vie professionnelle. Les dispositifs existent, les ordres de grandeur sont favorables. À vous de jouer, en connaissance de cause.

À titre purement informatif, non contractuel et sans engagement. Cet article présente des principes généraux et des estimations indicatives fondés sur la réglementation d'assurance chômage en vigueur en 2026. Il ne constitue ni un conseil juridique ni une garantie d'ouverture de droits. Seul France Travail est habilité à étudier votre situation et à calculer vos droits. Les paramètres cités (taux, plafonds, durées) correspondent aux valeurs 2026 et sont susceptibles d'évoluer, notamment lors de la revalorisation attendue au 1er juillet 2026.

Vos questions sur l'indemnité chômage et la création d'entreprise

Toucher l'indemnité chômage et créer mon entreprise, est-ce légal ?

Oui. La réglementation prévoit explicitement l'accompagnement des créateurs et repreneurs d'entreprise, soit par le maintien partiel de l'ARE, soit par l'ARCE (versement en capital de 60 % des droits restants). C'est un dispositif assumé de la politique de l'emploi, pas une zone grise. Il faut simplement déclarer votre activité à France Travail et choisir, avec votre conseiller, la formule adaptée à votre projet.

Une grosse indemnité de rupture réduit-elle mon allocation chômage ?

Non. L'indemnité supra-légale (la part dépassant le minimum légal ou conventionnel) ne réduit jamais le montant de votre ARE. Elle peut seulement retarder le point de départ du versement, via le différé spécifique calculé en 2026 par la formule : indemnité supra-légale ÷ 111,8, dans la limite de 150 jours. Votre allocation mensuelle, elle, reste identique. Cette indemnité est précisément là pour couvrir la période de différé.

La réforme du 3 juin 2026 remet-elle en cause mon projet de reconversion ?

Non, elle l'ajuste sans le remettre en cause. Adoptée définitivement le 3 juin 2026, elle réduit la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle : 15 mois pour les moins de 55 ans, 20,5 mois pour les 55 ans et plus. Le droit à l'ARE, le mode de calcul du montant et l'accès à l'ARCE ne changent pas. L'effet principal est un capital de droits plus court, donc un capital ARCE un peu plus faible. La conséquence pratique : se lancer tôt, sans attendre la fin de ses droits. À vérifier selon la date d'entrée en vigueur, encore à préciser par décret.

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